vendredi, octobre 28, 2011

La vie des enfants en Papouasie

En réponse à une demande faite récemment sur « la place des enfants dans les sociétés d'Océanie », je me suis rendu compte que je n'avais encore jamais rassemblé ce que j'avais observé sur ce sujet lors de mes voyages en Papouasie. En voici donc un aperçu.


La Papouasie est une région du monde couvrant l'île de Nouvelle Guinée, au nord de l'Australie, sous l'équateur. Elle est partagée entre la province de Papouasie occidentale appartenant à l’Indonésie et l'état de Papouasie-Nouvelle Guinée.
La géographie de l'île se répartie en deux immenses zones marécageuses au nord et au sud d'une longue chaîne montagneuse d'ouest en est culminant à 5000m d'altitude. Abondamment arrosée par les pluies équatoriales, des fleuves descendus en torrents des montagnes, s’étalent en méandres sablonneux dans des forets équatoriales quasiment impénétrable en dehors d'un accès par les rivières.

Enfant Asmat
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Les habitants peu nombreux de Nouvelle Guinée (7 à 8 millions pour un territoire grand comme une fois et demi la France) sont éparpillés sur l'ensemble de l’île avec une densité plus importante sur les cotes où sont concentrés les colons indonésiens venu des îles de l'ouest du pays. Les difficultés d’accès à l'intérieur du pays ont maintenu les peuples autochtones dans l'isolement du monde moderne et même de relations entre eux. Il en a résulté une multiplication importante des groupes humains différents vivant jusqu'à récemment, en dehors de toute culture occidentale. La Papouasie bat le record du nombre de langues parlées (500 à 700). La forêt a conduit ces peuples à vivre des ressources disponibles et sont donc majoritaires des chasseurs cueilleurs. Ils n'ont développé aucune technologie et vivent encore à l'age de la pierre polie. Il est courant de rencontrer des ethnies différentes (de langues différentes) sur seulement quelques dizaines de kilomètres de distance.
On peut distinguer trois catégories de populations :
  • Les habitants des cotes
  • Les tribus autochtones des plaines
  • Les tribus des montagnes (des hauts plateaux et vallées encaissées du centre de l'île)
Les habitants des côtes sont les premiers à avoir eu des contacts avec le monde extérieur, qu'il s'agisse de commerçants Chinois ou Malais ou d'occidentaux, principalement des Hollandais, anciens colonisateurs de l'Indonésie. La proximité de la mer n'en a pas fait des marins, mais les ressources provenant de la pèche a permis un relatif développement et une organisation sociale en villages de plusieurs centaines d'habitants, aux maisons sur pilotis, réunies par des passerelles en bois. Les ethnies les plus importante de la cote sud sont les Asmat ou les Kamoro.

Père et son enfant dans un village Asmat de la côte sud
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Les ethnies des plaines intérieures sont restées, (et restent encore pour certaines) coupées du monde extérieur. Elles se répartissent en groupe de faible densité, vivant de la chasse, de la collecte des insectes, et de la cueillette des fruits sauvages ou de la farine extraite du palmier sagoutier, seule source de féculents dans la région. La préservation de leurs zones de chasse à conduit ses ethnie à des guerres perpétuelles entre tribus. L'organisation sociale ne dépasse pas celle du regroupement en famille, voire en clans. Il n'est pas sur que l'identification des peuples de la forêt soit complète, certains se réfugiant encore dans les lieux les plus reculés. Il s'agit de d'ethnie comme les Korowai dont les maisons sont perchées dans les arbres, ou des Asmat de l'intérieur, des Kombai...
 
Dani de la région de la Baliem au centre de l'île
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Les peuples des montagnes sont resté isolés du monde jusqu'au milieu du XX ème siècle et ont été découvert fortuitement par quelques aviateurs aventureux au cours de la seconde guerre. Les difficultés de communication entre les vallées ont maintenu un isolement même entre les ethnies. L'existence de quelques plateaux ont permis un développement précaire d'un début d'agriculture, une relative sédentarisation des populations et un groupement en petits villages. Les Dani et les Yali sont les plus connu, ils vivent autour de la plaine de la Baliem au centre des montagnes
L'organisation sociale des nombreuse ethnies de Papouasie reste très élémentaire, et ne dépasse guère celle d'un clan. Des chefs de famille règlent les différents entre les membres, dans les villages des chefs sont la plupart du temps choisis pour leur charisme ou leurs fait d'arme. Les anciens sont particulièrement respectés et se réunissent pour traiter des problèmes de la communauté.

Village des Dani : maison longue des hommes, cases rondes des femmes
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Les hommes et les femmes vivent séparément : les hommes dans une maison commune, en général une « longue maison », servant aussi aux réunions d'anciens, les femmes dans des cases rondes (chez les Dani ou Yali en particulier) ou dans un espace réservé de la maison perchée comme chez les Koroiwai. Les jeunes enfants garçons et filles, vivent avec les mères, les sœurs et grand mères. Les garçons vers 8 à 10 ans rejoignent leur père dans la longue maison et l'accompagnent à la chasse dès qu'ils sont en mesure de marcher en silence plusieurs heures dans la forêt.
Montée avec le bébé dans une maison perchée chez les Korowai
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Les hommes se chargent de la construction des maisons et vont chasser. Il y a peu de gros gibier dans ces forets équatoriales, mais ils peuvent ramener des cochons sauvages, des singes ou des oiseaux. Il n'est pas rare que les femmes allaitent les marcassins récupérés, aussi bien que leur bébé. Ce sont les hommes qui abattent les arbres, jusqu'à peu à l'aide de hache en pierre. Ce sont eux aussi qui assurent la sécurité des familles ou du clan. Ils se livraient fréquemment à des guerres inter ethniques. Elles sont maintenant officiellement interdite par l'armée indonésienne.
Les femmes s'occupent de la collecte des insectes, source de protéines, et sont accompagnées des enfants. Pour les ethnies des montagnes qui maîtrisent un peu l'agriculture elles cultivent des légumes dans les clairières (patates douce …) Elles ont la responsabilité d'entretenir le feu et de veiller sur les très jeunes qui ne les quittent jamais.
Filet porte bébé tisé en pédoncules d'orchidées
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Les filles et jeunes femmes aident les mères dans leurs taches quotidiennes, qu'il s'agisse de recherche des insectes dans la foret proche ou de la pèche dans les rivières et étangs environnants à l'aide de nasses fabriquées sur place avec des feuilles de palmiers. Les tout jeunes, au moins jusqu'à leur sevrage à 2 ans, 2 ans et demi, sont portés par la mère dans des filets tissés avec des lianes ou des pédoncules d'orchidées.

Préparation de nasses pour la pêche
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Hommes et femmes ne vivant pas sous le même toit ou ensemble, la conception des enfants à lieu discrètement au cours de rencontres dans la foret. Les couples sont à priori stable et la monogamies et la plupart du temps la règle.

Père et enfant chez les Kamoro
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Les sentiments sont peu extériorisés. Les enfants font cependant l'objet d'une affection certaine, même si ils vivent leur vie entre eux par classe d'age et sexe, à l'intérieur de l'aire du village, se baignant sans réelle surveillance dans les cours d'eau ou marres toute proche, ou escaladant les échelles de bois lorsqu'il habitent dans les maisons perchées. Ils vivent au milieu des animaux domestiques : les chiens et les cochons.

Fête chez les Kamoro
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Les enfants sont associés à toutes les fêtes et événements importants de la vie des familles ou des clans, soit de façon passive en restant sur le dos de leurs mères, soit activement aux cotés des adultes dans la mesure de leurs capacités. Ainsi lors de la récupération de la farine de Sagou, les rôles sont réparti entre hommes et femmes. L'abattage des palmiers sagoutiers pour les hommes qui les écorcent ensuite. Les femmes pilent ensuite le cœur du tronc avec la participation des jeunes filles pour en extraire la pulpe.
Pilage du tronc du palmier sagoutier
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Elle est ensuite filtrée dans des gouttière fabriquées avec les nervures des branches de palmes. La fécule est enfin récupérée par décantation. La quantité obtenue nourrira une famille pendant une à deux semaine. Chacun, y compris les enfants dès 7/8 ans, fait cuire des boulettes ou galette de sagou sur le feu de bois lorsqu'ils ont faim. Les repas sont rarement collectifs.
Enfants préparant leur repas

Hache de pierre apportée par un enfant
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Le gouvernement Indonésien construit des villages le long des fleuves, doté d'une école pour scolariser les enfants de la forêt, d'un groupe électrogène et de la télévision par satellite. Internet commence même arriver.
Le résultat sur la vie des enfants est incertain.
Les maisons sont mise à disposition gratuitement, mais loin de la forets nourricière les Papous ne peuvent pas y rester longtemps car les ressources environnantes s'épuisent vite. Seul les enfants en ages scolaire viennent y passer quelques temps attirés par la magie de l'écran de télévision de l'instituteur ou de l'administrateur du village, ou par et les bimbeloteries en tous genre des marchand javanais ou chinois. Ils s'intéressent plus volontiers aux lecteurs MP3 qu'aux études et s'adaptent avidement à la société de consommation.
Les problèmes surviennent donc rapidement, car sans ressources financières, ils deviennent vite dépendant des colons et commerçants usuriers qui les utilisent pour défricher et exploiter la foret. Les jeunes, abandonnés à eux même, hors des règles du clan, deviennent vite des délinquants.

Maison chez les Korowai
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Au demeurant, les quelques règles d’hygiène qui sont dispensées, la présence d'infirmeries, même si elles sont pauvrement dotées, apportent une amélioration sur le plan de la santé et de l’espérance de vie. Dans la forêt, les enfants sont exposés à de nombreux dangers, qu'il s'agisse de blessures qui s'infectent, de chutes fatales du haut des hautes maisons, de piqûres d'insectes ou de serpents et la mortalité infantile est importante bien que les habitants des forêt connaissent l'usage de quelques plantes médicinales. Le décès d'un enfant les affectes, mais est vécue plus comme une fatalité due aux mauvais esprits qu'il faut combattre ou dont il faut se protéger. La recherche des vecteurs de ces maléfices peut (pouvait) donner lieu à des vengeances guerrières allant même jusqu’au cannibalisme pour éradiquer la cause du drame si elle est imputée à un individus, ou bien déménager le village si elle est attribuée aux esprits de la forêt.
Les jeunes en age de fonder une famille se retrouvent pris dans le dilemme de partir s'installer dans les villages de l'administration, rentrer dans le monde moderne, et le plus souvent se retrouver marginalisés par les nouveaux colons venus des terres surpeuplées de l'ouest indonésien, ou tenter de retourner dans leurs clans pour préserver leur culture et mode de vie primitive, sachant (ou pas) que tôt ou tard l'exploitation de la foret ou des ressources naturelles réduiront leur espace de survie nécessitant de vaste zones de foret vierge.
Pour le moment les adolescent des tribus de l'intérieur sont les traits d'union entre les deux cultures, les parents n'ayant pour la plupart pas encore osé quitter leur foret profonde pour visiter des villages qui les effraie un peu.
Village côtier